J’AI PASSÉ UNE JOURNÉE AU TRIBUNAL DE BORDEAUX

Crédit photo : Richard Rogers – Palais de Justice de Bordeaux

« ON TRAUMATISE DURABLEMENT UN INDIVIDU POUR 50 EUROS A DEUX ?! »

Une sombre histoire de vol, des motivations inconnues et des versions contradictoires… Le TGI de Bordeaux accueille le mardi 30 janvier une audience de comparution immédiate qui se termine sans réponse.

« C’est un peu à la honte d’agresser une femme avec une arme ». Maxime Chevant*, 19 ans et Émilien Ducreu*, 29 ans,  comparaissent devant le Tribunal pour “vol et violences en réunion avec“. Convoqués au mois de mai pour passer au barreau, ils avaient demandé un report pour mieux préparer leur défense. Ils reviennent ce mardi 30 janvier pour comparaître. La famille de la victime est présente, celle des prévenus aussi. « Monsieur Émilien Ducreu, on vous reproche d’avoir, le 8 mai 2018 volé plusieurs sacs à madame Salomé Brêt* avec violence, provoquant une incapacité de travail excédant sept jours ». 

Des versions des faits vagues et contradictoires 

La présidente se tourne vers Maxime. Déjà incarcéré pour une autre peine, il se trouve dans le boxe. « Monsieur Chevant, lors de votre arrestation, vous déclariez être présent sur les lieux du vol. Aujourd’hui, votre version a changé : vous n’y étiez pas. – Si j’ai dit que j’étais présent, c’est pour ne pas mettre Émilien dans la merde. Il devait aller voir sa femme accoucher ». L’avocat d’Émilien est en retard, il déboule dans la salle ; l’audience continue comme si de rien n’était et la présidente reprend. « Vous vous rendez-compte qu’on ne joue pas un jeu ? ». 

Un dialogue de sourd s’installe, et Émilien se met à son tour à ne plus assumer d’avoir commis le vol. Salomé est consternée, elle est sur le point de craquer. Après de longues déclarations confuses, les prévenues s’aperçoivent que nier leur implication ne marcherait pas ; ils décident alors de jouer sur les mots.

Un butin qui ne s’élève qu’à 50 euros 

L’avocat partie civile se lève « Madame la présidente j’aimerais poser une question à monsieur Émilien Ducreu – Bah posez, oui », rétorque le prévenu. « … À combien s’élève votre butin ? – J’ai dû prendre 50 euros qu’on s’est partagés en deux ». C’en est trop pour Salomé. Elle soupire puis ses yeux se remplissent de larmes. « Monsieur, vous êtes salarié dans une entreprise d’intérim, combien vous gagnez ? – Ben… Je ne sais pas, entre 1 300 et 1 600 » « On traumatise durablement un individu pour 50 euros à se partager ?! »

« Des actes d’une particulière lâcheté »

Un poil agacée, c’est à la procureure de prendre la parole. « Tout d’abord, j’aimerais savoir qui a eu cette idée de génie. Ensuite, j’ajouterais que vous faites preuve d’une grade lâcheté messieurs. Grande lâcheté parce que la victime est une femme, parce que vous lui avez infligé des coups, parce qu’il était six heures du matin… C’est un peu la honte d’agresser une femme avec une arme, non ? » Émilien tente de parler, la juge le fait taire d’un signe de la main. Le verdict est rendu : une peine solidaire de 24 mois d’emprisonnement dont 12 avec sursis accompagnés de 5 930 euros d’amende.

« JE SUIS INNOCENT MAIS JE ME SUIS FAIT CASSER LA GUEULE »

Mardi 29 janvier, un manifestant “Gilet Jaune“ est passé en comparution immédiate au tribunal de grande instance de Bordeaux. Portrait d’un « écœuré de la justice » française.

Le prévenu peine à passer la porte, sa crête blonde est trop haute. Maigrichon, teint fatigué, pansement sur l’arcade, il s’installe dans le box. Sacha*, 37 ans, annonce la couleur : « Je suis complètement innocent mais je me suis fait casser la gueule ». On l’accuse de violence sur les fores de l’ordre, de dissimulation d’identité et de possession de pavé. « Ceux qui m’ont arrêté m’e l’ont mis dans le sac », rétorque-t-il. 

Très respectueusement, il explique sa version des faits. La juge ne le prend pas vraiment au sérieux mais Sacha persévère ; « Regardez mon visage, j’ai des bleus là, là, là à cause de leur matraque […], et ils m’ont ouvert l’arcade quand ils m’ont plaqué au sol ». « C’est de graves accusations monsieur », « Oui oui, mais c’est la vérité ». 

La tenue de Sacha le jour de son interpellation a aussi beaucoup fait parler d’elle. La procureure tient à « rappel[er] que “fuck le law“ et “ACAB“ (All Cops Are Bastards) étaient inscris sur sa veste en cuir ». Il S’explique : « À force de trop injustices venant des forces de l’ordre je suis écœuré. Ce n’est pas la première fois que je suis victime». 

*Les noms des prévenus ont été changés pour respecter leur anonymat. 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s